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Libération (France)

  • Writer: Nicolas Garreau
    Nicolas Garreau
  • Nov 4, 2025
  • 2 min read

Devant la tour Eiffel, la loi de l'offre et de la demande en mariage.


Depuis quelques années, les quais de Seine sont devenus un décor privilégié pour les fiançailles de touristes essentiellement étrangers. Un phénomène décuplé par des entreprises d'événementiel qui, moyennant plusieurs centaines à quelques milliers d'euros, promettent roses, nounours et conte de fées instagrammable.


Face à la tour Eiffel légèrement de profil et en contre-plongée, un homme pose le genou à terre. Une fois la bague passée à l'annulaire, des passants se regroupent et applaudissent l'heureux duo. Un peu plus loin, deux organisatrices qui ont préféré rester anonymes remballent dans leur camion une arche en cœur faite de roses.


(...)


Alors que depuis plusieurs années, le port Debilly dans le XVIe arrondissement et son arrière-plan sont pris d'assaut par des étrangers venus expressément à Paris demander la main de leur partenaire, c'est seulement depuis quelques semaines que les habitants de la capitale découvrent le phénomène. Grâce à un TikTok, posté le 20 octobre par @el2025ma et qui a accumulé 5 millions de likes, moqueur envers ceux qui ne lésinent ni sur les moyens ni sur le kitsch pour se fiancer.


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Depuis la création par Nicolas Garreau d'ApoteoSurprise en 2006, le marché de l'événementiel spécialisé dans les demandes en fiançailles explose à Paris. « Davantage depuis dix ans », précise-t-il. Malgré cette « sacrée concurrence », les sollicitations ne faiblissent pas, affirme le patron de la société dont la moitié de la clientèle est française et à 99% hétérosexuelle. Toutefois, le quadragénaire s'avoue légèrement dépassé face à un jeune public qui recherche parfois plus une séance photo à poster sur leurs réseaux sociaux que la magie de l'instant. L'entrepreneur refuse. « Ce qui compte, c'est l'émotion. Et l'émotion, je ne peux pas l'immortaliser. »


Autre différence et non des moindres: « les prix cassés » sur lesquels Nicolas Garreau, qui propose un scénario sur les quais à 2000 euros, ne peut pas s'aligner s'il veut respecter la loi, assure-t-il. En effet, pour occuper temporairement les berges - gérées par l'autorité fluvio-maritime Haropa Port - ou les quais - gérés par la mairie -, une autorisation est nécessaire. Pour l'obtenir, « un dossier doit être soumis à Haropa Port et à la préfecture de police au moins un mois avant », a répondu l'instance publique en charge du port Debilly.


« On n'a reçu aucune requête de ce type depuis le début de la mandature » en 2023 de Jérémy Redler, maire du XVIe arrondissement, assure son directeur adjoint, Thomas Forestier. « Sur les quais, les demandes en mariage sont tellement rapides », que ce dernier concède un certain « flou juridique » autour de la notion de l'occupation « temporaire » de l'espace. De son côté, l'édile affirme n'avoir reçu que très peu de plaintes de la part de riverains à ce sujet : « Ces événements ne sont pas gênants quand ils ne sont pas à proximité des habitations. » Même si, « en tant que maire, je me dois de faire respecter le cadre légal ».


Juliette Garnier


 
 
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